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 J'irai cracher sur vos tombes
Nell Matheson
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 Sujet : J'irai cracher sur vos tombes   Dim 26 Juin - 20:29
[J'irai cracher sur vos tombes] avec Jane Smith et Céphas Vlajac.

« Vous savez que ça n'est pas moi qui décide, n'est-ce pas ? » Le ton casse le silence. Sur ses compères, l'immunologiste braque deux billes acérées, qui les accuse à tour de rôle suivant qu'ils daignent lui accorder de l'attention ou qu'ils enquêtent sur les pénombres à trente pieds de là. Bien que ni Smith ni Eason ne l'accable, leur mutisme obstiné l'exaspère. Les deux soldats n'aiment pas Midtown et ce n'est pas difficile à comprendre : ça grouille de menaces moins humaines qu'on aimerait et c'est bien au-dessus du niveau qu'ils ont l'habitude de gérer. Tous les gradés de Castle Clinton y sont d'ailleurs allés de leur réticence avant de se ranger à la persévérance de l'équipe médico-scientifique (on aurait dit que certains étaient prêts à s'y aller salir les mains avant de se raviser dès l'ordre de mission recommandé). C'est donc bien comme les autres que Nell s'est exécutée : la certitude de mourir très bientôt grevée à l'âme. Néanmoins, elle sent que Smith et Eason, sans effusion non plus, la blâment de cette décision périlleuse par de l'indifférence à son égard. S'ils doivent être plus attentifs que de coutume, qu'importe : la Matheson ne desserre par ses griffes d'autour du Sig-Sauer et les imite avec un excès qui se moque. « Tous les relevés des environs disent que... » Et à quoi bon le leur expliquer ? Ils forment un groupe réduit, Smith devant, Eason derrière, et cependant aucun des d'eux ne crache un mot. Pour éviter de sèchement la faire taire, peut-être. Ça ne modère pas l'agacement de la biologiste, qui rumine pour repousser la peur. Saint Patrick est, par sa concentration en contamination, un endroit stratégique : elle le fait tourner entre ses tempes – encore et encore - pour disperser la quasi-certitude d'une attaque. Pourquoi un pareil arsenal, sinon ? Elle n'ose plus un regard pour le fusil d'Eason depuis deux blocs : elle sait, par des calculs de physique élémentaire, les dégâts qu'un tel calibre fait à un corps.

En passant la frontière invisible de Midtown, Nell plaque le masque de contamination sur sa figure. Elle vérifie trois fois et, du coin de l'oeil, elle inspecte de même son escorte. Ils n'ont, jusque-là, échangé qu'une poignée de mots – et ça par pure logistique, la plupart du temps. De plus, leur progression ne devrait arranger ni la paranoïa militaire ni la crainte scientifique. Alors elle change l'arme de paume. Une fois. Deux fois. Elle espère les agacer, ou seulement se distraire. Quand Eason la gronde d'une oeillade dérobée, elle s'interrompt comme une enfant qu'on prend en faute.

Ils n'entrent pas dans la bâtisse. Ce serait stupide, parce qu'ils sont en sous-nombre pour ce genre de reconnaissance et que l'une d'eux est incapable de tenir un flingue, bras tendu, plus de dix secondes (et ce n'est définitivement pas Smith). Machinalement, Nell se range derrière les deux autres à mesure qu'ils approchent la paroi. Elle range le semi automatique, enfile une paire de gants et sélectionne un étui stérile. La puanteur est incroyable, même au travers du masque. Les corps jonchent un sol suintant où que porte le regard et s'accumulent à des endroits et en de telles positions qu'on devine très clairement l'assaut frontal des infectés. Elle en a un haut-le-coeur... et si elle se contient, c'est seulement pour n'avoir aucune réprimande d'Eason ou Smith. « J'en ai pour quinze minutes, elle dit lentement en traversant l'espace entre eux. Pour être précise : treize minutes et vingt-sept secondes et des centièmes, mon capitaine, elle glisse à Smith sans avoir non plus le courage de lui sourire en face. » Tachant de ne pas se raidir sous le bruit métallique des armes qui se tendent, elle s'affaire à gratter, ponctionner et individualiser une dizaine de prélèvements qui, sans l'oeil d'un expert ou d'un initié, paraissent somme toute aléatoires.
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 Sujet : Re: J'irai cracher sur vos tombes   Dim 26 Juin - 23:41
Les ordres viennent d’en haut. Eason et Smith le savent. Ils n’ont pas été les seuls à exprimer leur réserve quant à cette mission. Mais, parait-il, les prélèvements – particulièrement à Saint Patrick – seraient d’un intérêt considérable. Assez pour envoyer trois agents, dont une femme non-entraînée, dans l’une des zones les plus contaminées de l’île. Autant dire que la perspective n’avait pas enchanté les deux partenaires. Eason fulmine depuis que la directive est tombée. La portée du travail scientifique effectué par Nell et par ses collègues lui échappe. Il ne voit qu’une femme qui, depuis qu’elle a été mise sous sa protection, gratte différentes surfaces, sans logique apparente. Cela n’a, à ses yeux, aucun sens. Et, si Smith n’en dit rien, elle peine également à comprendre la véritable utilité du travail de l’immunologiste. L’atmosphère est tendue lorsqu’ils quittent Castle Clinton. Le fait que Nell n’ait rien à se reprocher n’est pas important. C’est toute son activité qui leur fait prendre de tels risques. La Division n’en démord pourtant pas : tout ce foutoir est d’une importance capitale. Alors, il faut la fermer et exécuter les ordres, comme on leur a bien gentiment inculqué. La tension rend Nell bavarde mais ils sont en mouvement et Smith ne l’écoute pas. La jolie blonde n’est que fond sonore. Chaque porte fermée pourrait s’ouvrir et laisser apparaître de mauvaises surprises. Et il en va de même pour chaque véhicule, chaque nouvelle rue, chaque poubelle. Le danger est partout. Alors, les yeux vifs, allant d’un objet à un autre, arme chargée, Smith se tient prête à affronter n’importe quelle éventualité. Tant qu’elle sent Nell et Eason la suivre, elle n’a pas besoin d’écouter les marmonnements indignés de la jeune femme.

Arrivés devant la paroi de la cathédrale, Smith observe Nell se mettre au travail, tentant en vain de faire abstraction de l’odeur nauséabonde des corps empilés et éparpillés autour d’eux. Pendant un moment, elle pense que la blonde va cracher son déjeuner mais (soulagement) elle se reprend. Il ne manquerait plus que l’odeur du vomi pour compléter le tableau sordide qui s’offre à leurs yeux. « J'en ai pour quinze minutes. Pour être précise : treize minutes et vingt-sept secondes et des centièmes, mon capitaine, » lance l’immunologiste en lui présentant son dos. Un sourire s’échappe du coin de la bouche de Smith l’espace d’une demi-seconde avant qu’elle ne se reprenne pour se concentrer sur les alentours. Elle fait signe à Eason de rester près de Nell tandis qu’elle s’avance pour obtenir un meilleur point de vue. Tout est excessivement calme. Le silence n’est pas complet mais il reste angoissant.

Sans trop s’éloigner de son équipe, Smith descend les marches qui précèdent l’entrée du bâtiment et ratisse du regard le croisement entre la 50e Rue et la Cinquième Avenue. Tous ses muscles se tendent et se détendent à intervalles irréguliers : le stress mêlé à une bonne dose de paranoïa. Sont-ils vraiment seuls ? Peut-être est-ce parce qu’elle se souvient du grouillement new-yorkais passé, caractéristique de cet emplacement, mais elle ne peut pas concevoir qu’ils soient seuls en plein cœur de Manhattan. Les contaminés ont plus de ressources que n’importe quel agent de la Division ne le voudrait. Ils sont peut-être dissimulés quelque part, attendant le moment propice pour leur tomber dessus... Pourtant, rien. Elle regarde sa montre. « Il vous reste dix minutes, Doc, » informe-t-elle Nell sans lui jeter un regard. Le ton de sa voix sort plus sec qu’elle ne l’aurait voulu : tout est trop calme et le capitaine voudrait sortir de là le plus rapidement possible.


Dernière édition par Jane Smith le Mer 29 Juin - 9:55, édité 1 fois
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Céphas Vlajac
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 Sujet : Re: J'irai cracher sur vos tombes   Lun 27 Juin - 11:24
[J'irai cracher sur vos tombes] avec Nell Matheson et Jane Smith.

Derrière lui, la triste façade du Hive s'étire toujours. Le vieillard tourne le dos à son repère et ses ailes voilées, alors que l'île lui tend des bras ballants. Sans un regard, il laisse dans son sillage le parfum de la mort. Les Corbeaux croassent à son passage, les murmures s'élèvent. Céphas n'y prête pas attention. Ses yeux sont rivés vers l'horizon – un labyrinthe de rues, de ruelles et d'égouts. L'odeur est toujours aussi forte, malsaine. Elle lui pince les narines et étouffe ses poumons. Il y a longtemps déjà, il a appris à vivre avec les morts. Une macabre habitude, certes. En revanche, l'odeur des morts vivants, ça, il ne s'y fera jamais. Pendant des jours durant, il a écumé l'île. Sa main ferment attachée au manche de son poignard, il vagabonde –  comme toujours. Nulle préoccupation, devoir ou obligation pour semer le trouble dans son esprit. Il n'est que voyageur et maître de son quotidien. Sourire aux creux des lèvres, son regard se pose sur une voiture calcinée. L'anarchie lui procure un bien qu'il n'aurait jamais imaginé possible. Pourtant perfectionniste, presque maniaque, il savoure la folie dans laquelle ils vivent tous, désormais. Comme s'il était normal de traverser les plus belles avenues de New York et ce, sans se faire heurter par des silhouettes pressées par le temps.

Lui ne manque jamais de temps. Son quotidien est une errance, à l'image de ces corps animés qui se dessinent devant lui. Sans y prêter une attention plus que nécessaire, il change de destination. Devant lui, Midtown et ses hauts immeubles se dressent. Il se fige quelques secondes pour reprendre son souffle ; l'âge le maltraite, les années l'affaiblissent. Pourtant, il tiendra bon. Sa volonté fait sa force ; la jeunesse, elle, ne sait guère l'avantage qu'elle possède. Au fil des rues, la haute stature de la Cathédrale Saint-Patrick se dessine. Il s'arrête toujours devant de telles bâtisses, ne serait-ce que pour admirer le travail des ouvriers d'antan. Le regard émerveillé, trois silhouettes se dressent devant lui. Un homme, deux femmes – l'une dont l'arme est ancrée entre ses mains blanches. Sa vision est fragilisée par son âge avancé, mais il croit apercevoir que l'une des deux s'intéresse à la paroi du bâtiment. Il devine une scientifique ; l'aversion de l'érudit qu'il est grimpe en son sein. Pris d'effroi, une profonde répugnance l'empoigne.

Pourtant, il s'avance vers la majestueuse cathédrale et ses escaliers. L'odeur le frappe un peu plus encore. Il déglutit devant tant de corps inanimés, de sang séché et de peau en décomposition. Il sent les regards rivés sur lui. Tout comme le sien rivé sur eux. Lentement, il lève ses mains au dessus de sa tête et de ses cheveux grisés. Ses yeux sont faussement amicaux, son sourire glacé. Sa voix s'élève soudainement et brise le silence. « Ne tirez pas. » dit-il, suivit d'un faible rire. « Je viens en ami, non pas en ennemi. » ajoute-t-il. Son ton est bienveillant alors que son regard se pose sur la femme blonde – une scientifique à qui il arracherait bien la tête. Ils les écœuraient définitivement.
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Nell Matheson
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 Sujet : Re: J'irai cracher sur vos tombes   Lun 27 Juin - 13:34
Ses mains tremblent. C'est quasiment imperceptible, mais ça ferait radier n'importe quel chirurgien de son ordre professionnel – fort heureusement, Nell ne l'est pas. A charge de son propre labeur, son agitation lui complique la tâche et chaque étape devient un véritable périple de concentration. Toutes les minutes, elle est forcée de détendre ses phalanges, de compter jusqu'à trois, et de recommencer. Un mince dépôt de particules est frotté au scalpel jusqu'à ce qu'il tombe, en pluie fine, dans la gorge du tube à essai, qu'elle bouche et range méticuleusement à côté des huit autres. Seigneur ce qu'elle aimerait que ça prenne moins longtemps, que ça soit comme fermer les yeux et les rouvrir. Non seulement tous les prélèvements seraient alors en sécurité, mais Manhattan serait calme, et vide, et plein d'humanité. Tout ça n'aurait été qu'un mauvais rêve et Nell pourrait rentrer chez elle, trouver Maura, aimer Maura. Elles auraient encore trente années ensemble... Sous l'impact du ton, Nell tressaille et dresse la tête. La dispersion de ses pensées lui fait gagner du terrain sur la crainte ; Smith pulvérise ces efforts fastidieux de quelques syllabes. Elle est parfois si brusque qu'on dirait qu'elle vous fend à la lame. Les mains enroulées autour de ses instruments, la biologiste grogne afin de ne rien dire. Quelle joute pourrait-elle, et plus spécialement aujourd'hui, emporter ? Au dernier moment, elle renonce à étudier l'humeur, probablement indéchiffrable, rivée aux traits de Smith. Eason ne sera pas plus bavard. Alors, et plutôt que de s'esquinter contre leurs résistances, elle use le temps qu'il reste à bon escient : une seringue ponctionne le sang resté liquide, un coton s'occupe du coagulé.

« Eh ! » Les pieds qui s'ancrent plus férocement dans le tapis de cadavres, de tripes et de liquides putréfiés, Eason cabre le canon de son fusil, mais on sent bien qu'il refuse de crier. « Arrête-toi là. » Un réflexe étrange dans le myocarde, Nell cherche Smith du regard – en pure perte. Les deux sentinelles n'en ont qu'après l'étranger, qui s'approche et se rend. En dépits d'un âge marqué à plusieurs endroits de sa carcassel, il est apparemment en bonne santé et, d'un œil extérieur, il n'a pas l'air d'avoir besoin d'aide ou de pitié. Et tout ce courage – cette témérité, même ! - qu'il  faut pour s'approcher d'une escouade armée comme le sont présentement Eason et Smith. Au contraire des prétentions du bonhomme, l'immunologiste voudrait leur commander de tirer. Elle ne sait pas vraiment pourquoi. Elle n'a jamais tué personne et, de ce qu'elle en sait, elle n'a jamais voulu la mort de quiconque non plus. C'est seulement ce gouffre de peur, vautré au creux de ses entrailles et qui l'assaille, vague après vague, pour l'obliger à mourir d'en-dedans. Alors elle ne dit rien, les lèvres pressées l'une à l'autre et les gestes suspendus – elle ne réalise même pas qu'elle tient, et qu'elle expose, un flacon de chair en miettes. Le regard de l'inconnu, fondu sur elle, en elle, la fait marcher de côté et se ranger dans l'ombre de Smith. Une seconde, elle bat des paupières. La scène n'a guère changé. Et elle est incapable de se débarrasser de son matériel pour attraper le Sig-Sauer et... quoi ?  se le braquer sur le ventre pour en balayer toute l'angoisse ? La petite idée s'inscrit dans la peau de son esprit, et elle se recroqueville plus encore derrière la silhouette musculeuse de Smith. Pour une fois, elle sait bien qu'il ne faut rien dire, et attendre. Et Eason, tout comme elle, patiente après l'expertise de leur comparse maintenant qu'une distance de sécurité est instaurée entre eux et un vieillard à l'allure bravache.
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 Sujet : Re: J'irai cracher sur vos tombes   Lun 27 Juin - 18:35
C’est Eason qui le voit en premier. Smith se retourne brusquement au son de sa voix et braque son arme sur un homme plus âgé qu’elle n’a l’habitude de voir à la Division. Seuls dans Midtown… elle savait que c’était trop beau pour être vrai mais elle s’attendait à voir des infectés, pas un sexagénaire. Pour leur prouver sa bonne foi, l’inconnu avance lentement vers eux, les mains en l’air, jusqu’à ce qu'Eason ne lui dise de s’arrêter. Un ami ? Est-ce que cela existe encore dans cette île dégénérée ? Si rien dans sa voix et sa posture ne semble indiquer une quelconque mauvaise intention, les habitants de Manhattan ne s’illustrent pas, de nos jours, par leur candeur. Smith a même tendance à penser que les plus inoffensifs ils paraissent, les plus dangereux ils sont réellement. Ni elle ni son partenaire ne font confiance au drapeau blanc que l'homme semble hisser au dessus de sa tête. Quel genre d'inconscient s'approche d'un groupe armé seul ? en tant qu' "ami" ? Il est soit extrêmement confiant dans ses chances de survie si les armes braquées sur lui venaient à tirer, soit extrêmement stupide. S'il s'agit de la deuxième explication, elle ne veut jamais vieillir. Plutôt crever que devenir sénile.

Nell a le bon sens de sentir la menace et de venir se ranger derrière elle. L'homme la suit du regard avec un intérêt qui alerte tous les instincts de Smith. Un bref coup d’œil dans la  direction de l’immunologiste  lui indique que celle-ci est tendue d’angoisse mais également qu’elle tient entre ses mains des tubes à essai remplis. Pour un vieux gâteux, l'inconnu a l’attention bien trop aiguisée à son goût. Il a l’air en bonne forme aussi, malgré son âge. Ses traits sont peut-être ridés mais ils ne sont pas creusés par la faim ou tirés par la fatigue. Smith ne voit pas d’arme. C’est rassurant dans le sens où son équipe ne terminera pas carbonisée par un lance-flamme ou trouée de balles. En revanche, cela ne veut pas dire qu’il n’est pas armé.

Eason, comme elle, ne semble pas apprécier cette petite péripétie. Le regard perçant du nouveau venu, qui revient trop souvent se poser sur Nell, les met tous mal à l’aise. D’un geste discret, Smith signifie à son partenaire de continuer. « Qui va là ? » lance-t-il, détournant l’attention de l’homme en s’avançant vers lui, son arme toujours rivée sur lui, tandis que Smith prend soin d’effacer Nell de son champ de vision. « Ne bouge pas ou je te descends, » ajoute-t-elle, pour la forme. Eason s'arrête pour secouer la tête de manière exaspérée. Elle sent que cette petite phrase va entraîner un nouveau monologue de la part de son partenaire sur l’attitude qu’elle a avec les étrangers. La Division est là pour protéger la population, etc. Elle l’entend déjà. Comme si la population n’était peuplée que de petits anges à chérir et aider. Comme s’il n’avait rien vu depuis le début de la quarantaine qui explique l’adoption d’une attitude agressive à la rencontre d’un étranger. Son partenaire peut lui faire la morale aussi longtemps qu’il le souhaite; il n’y a, aux yeux de Smith, aucune différence entre pointer son fusil – chargé et en parfait état de marche – sur quelqu’un et l'informer que l’on va utiliser ce fusil à la moindre petite fourberie. Dieu récompense l’honnêteté, parait-il. Il n’y a rien de plus honnête à ce moment que la menace qu’elle vient d’énoncer.


Dernière édition par Jane Smith le Mar 28 Juin - 16:13, édité 1 fois
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Céphas Vlajac
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 Sujet : Re: J'irai cracher sur vos tombes   Lun 27 Juin - 21:45
Son sourire s'efface aussi rapidement qu'il est venu, alors que ses mains vides se dressent toujours au dessus de lui. Certes, Céphas n'avait pas pensé être accueilli les bras ouverts, mais de là à pointer armes à feu et regards accusateurs sur un vieillard – ont-ils perdu le respect de leurs aînés ou ne l'avaient-ils jamais eu ? Il n'y réfléchit pas ; il se fiche de l'intérêt que les autres lui portent. Seules le danger encourut l'intéresse. Son corps, lui, est parcouru d'un frisson glacial. Ses mains tremblent. Céphas n'a jamais apprécié les fusils. Il les juge trop peu personnels, trop ravageurs et trop meurtriers. Lui combat au couteau depuis qu'il a appris à manier le scalpel. La lame est sa troisième main. Malgré tout, il reste calme et patient. Son cœur s'emballe, mais son visage demeure impassible. S'empourprer ne ferait qu'empirer la situation, il le sait. Alors il porte son masque ; un masque de bonté, de bienveillance et de fragilité. L'innocence ne lui va pas au teint, mais il est bon comédien. Il sait se jouer des autres, si les autres savent s'aplatir sous le poids de la crainte.
Très vite, le vieux comprend que les deux gardes sont là pour protéger la blonde. C'est elle qui l'intéresse. Malgré tout, en cette journée, l'adversaire est de taille. Une scientifique, deux colosses – un homme, une femme. Céphas sait qu'il se fera fusiller au moindre faux pas. Le plus petit des regards indiscrets pourrait le trahir. Il se ferait tuer sur le champ et sans regret. Personne ne le cherchera, personne ne se souviendra de lui. Il sera un mort vivant parmi tant d'autres. Un oublié, un saccagé, un macchabée.

Non, lui ne veut pas périr sous la main d'une scientifique écervelée et de ses deux chiens de compagnie. Il veut mourir de sa propre décision et cela, le plus tard possible. Il demeure le seul Dieu de son existence.
Alors, il reste silencieux. Une vague de peur traverse ses yeux – deux billes qui brillent sous un ciel lourd. Céphas toise ses adversaires. Il n'apprécie pas les menaces, mais ne l'est-il pas lui-même pour ces trois inconnus ? La pensée de faire demi-tour, rebrousser chemin et rentrer retrouver le réconfort des ailes de ses compagnons lui traverse l'esprit. Mais il n'abandonnera pas. Il veut savoir ce que trament les scientifiques. Un vaccin ? Balivernes, le monde est beau dans sa laideur. « Compris, j'bouge plus. » leur lance-t-il, alors que ses adversaires s'agitent. De ses yeux agités, il observe les alentours. En cas d'attaque soudaine, il n'était pas sûr que ses adversaires le protégeraient, voire même le préviendraient.
Il se racle la gorge, baisse lentement ses mains. Ses bras tombent le long de son corps ; il sert les poings pour cacher ses tremblements. « Permettez-moi tout de même de me présenter. Je me nomme Céphas Vlajac, je suis un scientifique. » Ses derniers mots résonnent dans les airs. Son regard, lui, observe désormais ses compagnons et leurs visages. « Je peux vous aider. » Sa voix est haute, elle trahie son mensonge. Pourtant, il reste confiant. Les scientifiques, fruits du gouvernement, n'ont pas de jugeotes. Ils sont stupides parce qu'ils sont persuadés de maîtriser tous les arts à l'extrême. Céphas les manipulera, les dominera, les écrasera à la moindre occasion. Tel est son projet.


Dernière édition par Céphas Vlajac le Ven 1 Juil - 16:39, édité 1 fois
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Nell Matheson
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 Sujet : Re: J'irai cracher sur vos tombes   Mar 28 Juin - 1:59
Il ment. Il ment. Il ment ! Ça tourne et vire, ça martèle à l'arrière du crâne. Depuis le couvert convaincant – dissuasif ! – que fait Smith, Nell reste obstinément fébrile, immobile et suintante. Incapable de chasser l'angoisse, elle froisse le latex, les écrins de verre étouffés par ses mains, en quête de pouvoir les briser. C'est ridicule, puisque c'est un vieil homme. Que ferait-il, face aux deux autres, cuirassés de kevlar et armés de laiton ? Mais c'est ce charnier, cette puanteur, ces architectures de cadavres, ces remparts de tripailles et toutes ces douves de sang ! Au travers du masque, Nell en a plein les narines et, tout à coup, la peur a une odeur et, bientôt, une image. Elle ne veut plus voir l'étranger, et heurter son regard. Le simple fait de susciter l'intérêt de quelqu'un est dérangeant en soi. Entre toutes les âmes qui survivent, qui grouillent et agonisent dans le tout-Manhattan : Nell Matheson, vraiment ? La dernière fois qu'on s'est intéressé à elle sans qu'elle n'ait rien demandé et sans qu'on n'ait rien su d'elle avant cela, des hommes en cagoule et fusil mitrailleur l'ont emmenée jusqu'à Castle Clinton... Pendant qu'Eason force l'inconnu à se dévoiler, Nell crache au douloureux souvenir. Elle fourre les tubes dans le caisson, des précautions rageuses pour verrouiller les deux loquets et échanger ses gants contre d'autres. Elle n'a rien fini de son ouvrage, d'ailleurs, mais elle n'ose pas le dire à Smith ; mieux que de coutume, elle l'enverrait au Diable et, sur le moment, Nell ne se sent pas l'âme de tolérer plus de persécution que l'attention soutenue de Céphas Vlajac, se présente-t-il. Le nom vrille un moment mais n'évoque rien à l'immunologiste. Ça n'a pas de véritable importance lorsqu'elle empiète sur l'interrogatoire et qu'elle s'extrait de sa cachette par le côté. « Quel genre de scientifique ? » Après tout, il est possible, métier faisant, qu'il ait compris ou qu'il soupçonne ce qu'ils fabriquent sur la façade de Saint Patrick et, cherchant un abri, qu'il ait tenté sa chance. Cette version n'est pas si convaincante. Cependant, Nell est prête à beaucoup – sinon prête à tout – pour gagner en confiance et pour éteindre sa peur. Déjà, endurer ce regard est beaucoup moins pénible. Elle le sonde, comme s'il existait des caractères propres à l'espèce qu'ils forment. Une autre question la taraude aussitôt : quelle sorte de scientifique de baladerait sans masque de contamination, même rudimentaire ? Elle ignore s'il est judicieux de le signifier à Eason ou à Smith. Ses lèvres se pincent, aucun son ne sort. « Et qui vous dit qu'on a besoin d'aide ? » Venant de Nell Matheson, cette question comporte une pléiade d'ironies. Alors, pour modérer sa mésestime, elle dresse le menton et se donne une importance parfaitement feinte. Céphas Vlajac, lui, n'en sait rien, après tout, sinon que, de toute évidence, ce n'est pas elle qui tient les flingues. Et puisqu'il s'attarde sur elle plus que de raison, elle se dégage un peu plus de la stature de Smith sans se rapprocher non plus d'Eason : ce qu'elle fait pour la Division, elle sait fort bien le faire mais, à la vérité, pour peu qu'on l'apprenne à Eason, même lui saurait le faire en quelques semaines. Personne n'a besoin d'entendre cette vérité sur l'instant, Nell, à son tour, aimerait qu'on lui réponde comme si elle possédait la même autorité que les deux autres. Et tant pis pour la peur. L'orgueil fait son travail. Un moment, il la sauve de se recroqueviller à l'intérieur de la cathédrale, qu'importe la menace qui viendrait l'y bouffer.
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 Sujet : Re: J'irai cracher sur vos tombes   Mar 28 Juin - 19:19
Nell Matheson n’est pas entraînée. Elle sait à peine tenir un flingue et n’a sûrement pas encore ce qu’il faut pour tirer sur quelqu’un. Un contaminé, peut-être, mais pas une personne saine. Alors, dans ces circonstances, on pourrait croire qu’elle se tairait et resterait bien gentiment derrière son garde du corps, hors du danger. On pourrait espérer que la peur, l’adrénaline courant dans ses veines, lui offrirait la clarté d’esprit nécessaire pour se dire que toute cette situation n’est pas de son ressort. On pourrait, mais non. Parce que Nell Matheson ne reste pas à l’abri, planquée derrière un flingue. Non. Nell Matheson, au contraire, se place à découvert alors même que l’homme, celui qui se prétend scientifique, laisse tomber ses bras le long de son corps. A croire que la Mort ne fait plus peur à personne. Le vieux bouge après qu’on lui ait intimé de ne pas bouger et la blonde, faute de les lui avoir répété et répété inlassablement, ignore toutes les instructions que Smith et son partenaire tentent tant bien que mal de lui faire absorber depuis les premières missions de l’unité de prélèvements. C’est à s’arracher les cheveux de la tête. L’humeur de Smith se dégrade de seconde en seconde. Elle tente d’inspirer un grand coup tandis que l’immunologiste se met à poser des questions. Soit elle se découvre une vocation d’inquisitrice, soit elle ne fait pas confiance à son escorte et les croit incapable de poser les bonnes questions. Les deux explications l’irritent de manière équivalente. Qu’on la délivre des arrogants, des héroïques inconscients.

Le visage calme, concentré, Smith s’avance à son tour, se déplaçant de manière à essayer de forcer l’apprentie Sarah Connor derrière Eason. Si elle veut parler, Smith ne peut pas l’en empêcher, mais qu’elle le fasse à couvert. Céphas Vlajac est bien trop calme, bien trop lisse, pour être inoffensif. « Quel genre de scientifique ? » Nell n’a pas l’air de tomber pour la façade de l’homme cherchant à se rendre utile, ses questions et sa posture - qui se veut assurée mais parait décidément défensive - attestent du scepticisme qu’elle ressent face à ce ‘scientifique’. Elle n’est pas du genre à monter dans la voiture d’un vieil homme lui tendant une confiserie, c’est déjà ça. Tout n’est peut-être pas perdu. Il est sûrement encore possible de faire d’elle une femme consciente des dangers et de l’augmentation significative de ses chances de survie si elle veut bien faire ce qu’on lui dit.

Son semi-automatique toujours pointé sur la tête du vieux, Smith le scrute comme on étudie un nouveau spécimen. Sa bonhomie apparente alors même que deux canons suivent ses moindres mouvements la dérange et lui rappelle d’autres hommes, d’anciens ennemis mais aussi d’anciens collègues. On trouve différents types de personne chez les mercenaires – des gens qui vous sourient puis vous abandonne dans la fosse aux serpents sans jamais changer d’expression. Peut-être Smith laisse-t-elle son passé dicter sa vision du monde et des gens. Peut-être cet homme n’est-il qu’un civil plus téméraire que d’autres, esseulé et cherchant à prendre contact avec quelqu’un, n’importe qui, même armé jusqu’aux dents. Peut-être pas.

« Vous avez entendu la dame ? Pas besoin d’aide. Vous vous baladez seul ? Manhattan n’est pas vraiment sûr pour quelqu’un de votre âge. Vous avez un abri dans le coin ? » L’insulte n’est qu’à peine déguisée. Smith cherche à le faire réagir. Il doit bien y avoir quelque chose à tirer de ce personnage.
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Céphas Vlajac
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 Sujet : Re: J'irai cracher sur vos tombes   Ven 1 Juil - 17:08
Céphas ne détache pas son regard de la scientifique. Il se fiche de se prendre une balle de ses deux molosses ; il ne craint pas la mort. Sa seule hantise est d'errer dans les rues, avec un creux béant à la place de la cervelle. Comme un zombie, un mort vivant. Malgré tout, il ne fuira pas face à l'ennemi. Les scientifiques ont envahi les rues de Manhattan alors que l'épidémie était déjà bien avancée. Ceux sont eux qui sont à l'origine même de ce fléau. Le monde est ravagé par leur faute. Ils ont crée de leurs propres mains sales et dorées le virus T ; il est donc trop tard pour corriger leurs erreurs du passé. Pour se repentir de leurs péchés. Pourtant, cette blonde-ci de scientifique l'attire. Ce n'est ni physique, ni spirituel. C'est autre chose. Il y a quelques chose chez elle qui l'intrigue, le fascine tout bonnement. Sa naïveté, son assurance ébranlée par son regard fuyard. Ou peut-être est-ce la présence de deux gardes du corps, pour une simple demoiselle. Qu'a-t-elle de si important ? se demande Céphas. Pourquoi deux survivants débrouillards s'empêtreraient-ils avec une quiche de scientifiques ? Pour trouver un remède au virus qui ronge l'île ? À quoi bon ? Il n'y a plus rien à sauver à Manhattan. Les gens sont devenus cruels, égoïstes et assassins ; il n'y a aucun retour à la normale possible. Et quand bien même des fous tenteraient de rendre à l'île sa beauté d'antan, Céphas les en empêcherait. Quitte à en perdre la vie, à en finir zombie.

Alors son regard se pose désormais sur les deux gardes du corps. La scientifique est intriguée par sa venue, certes, mais elle reste méfiante. Céphas est bon comédien, mais il ne connaît rien à la science. Son domaine est la mort et ses cadavres ; il ne servirait à rien à une femme de sciences. Une femme de sciences qui, qui plus est, semble insensible au danger qu'il représente. Les gardes, quant à eux, s'avancent ; la femme l'harcèle de questions. Céphas garde son calme. Son regard vacille entre les canons pointés sur lui – des armes fatales – et entre les étuis de prélèvements de la scientifique – des armes tout aussi dangereuses. Un sourire charmeur se dessine alors sur son visage. Il avance d'un tout petit pas, seulement quelques centimètres. Il est à l'affût de la moindre réaction de ses interlocuteurs. « Manhattan n'est sûr pour personne, ma p'tite dame. Mais rassurez-vous, je suis plus débrouillard qu'il n'y paraît. » Il répond à la brune avec un ton provoquant, presque malveillant. Il pointe du doigt les grandes portes de la Cathédrale et son regard s'y pose. « Vous savez, vous trouverez plus d'échantillons entre ses murs plutôt que sur son pavillon. » dit-il, d'une voix amusée.

Lui ne connaît rien à la science. Il n'est pas non plus capable d'affronter deux militaires entraînés – semble-t-il. Bien évidemment, il ne ferait qu'une bouchée de la scientifique. Céphas sait manier les armes, les lames et les poings. Mais la scientifique n'est pas seule et l'isoler lui semble peu probable. Elle a l'air aussi attachée à ses chiens de gardes que eux le sont à elle. La mission semble périlleuse, certes, mais l'endroit est idéal. Il sait que la cathédrale a été la proie de zombies. Il sait qu'entre ces hauts murs de pierres, Dieu n'existe plus. Des marres de sang, des grognements infâmes. Il se souvient avoir veillé au loin, alors que des hurlements s'échappaient de la bâtisse. « Je peux vous y guider, si vous voulez. » L'intonation est charmeuse, le regard est implorant. Il lève ses deux mains au dessus de lui et ajoute : « Je n'ai pas d'armes, promis. Ce n'est pas quelqu'un de mon âge qui vous fait peur, mmh ? » Lui n'est pas une menace face à des hommes armés ; du moins, pas de ses poings. En revanche, sa voix et son sens de la persuasion sont plus dangereux que sa lame. Deux gardes et une scientifique pompeuse et insignifiante ne survivront pas à la cathédrale et aux monstres qui s'y cachent. Ne reste donc plus qu'à les faire y entrer.
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Nell Matheson
Agent de la Division
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 Sujet : Re: J'irai cracher sur vos tombes   Dim 3 Juil - 23:23
Chaque fois que les billes de Céphas Vlajac se détournent d'elle, Nell est égratignée. Aussi stupide que soit le sentiment, il la démange. Elle sait tenir une arme, si ce n'est que ça. Le Sig-Sauer somnole contre sa cuisse, ferré dans un cuir souple. Le pistolet manque soudain à sa main. A dégainer, elle obtiendrait la même obéissance. Elle détacherait les mêmes questions. On lui ferait les mêmes réponses. Et ce vieil homme n'aurait jamais l'audace de considérer les agents de la Divsion avec plus de respect qu'elle-même... Cette sale idée la fait trembler d'hésitation. Smith lui en fera le reproche. Ou, plus probablement, elle n'en aura jamais l'occasion car son orgueil ridicule les aura fait tuer. Eason prend l'éloquence de sa comparse et le silence de l'ingénue pour une consigne et un impératif : intelligemment, et sans jamais lâcher Céphas Vlajac de l'oeil unique de son fusil, il se déporte. Les mouvements de la Division sont si joliment calculés. En quelques secondes, Nell redevient aveugle. Tout ce qu'elle glane, ce sont les timbres et les syllabes de l'étranger. Assez ironiquement, l'immunologiste pourrait faire confiance à cette voix. Si elle presse les paupières et qu'elle n'écoute que lui, il y a chez cet homme de quoi instiller la confiance : Nell dilapide un bon moment à se laisser caresser par cette présence. Puis elle s'éveille comme la conscience éclate, et la proposition devient aussi dramatique qu'elle est finalement curieuse. Sans plus pouvoir se contenir, elle dresse le crâne et cherche l'encart que font l'épaule et le visage d'Eason. Quel genre de scientifique est donc ce type ? Et quand donc une morte certaine est-elle devenue une récréation ?

Naturellement, étudier les entrailles de la cathédrale a été envisagé par l'équipe scientifique. Il est vite apparu que la sécurité serait totalement comprise. Il faudrait des semaines, voire des mois, pour faire des environs un endroit fréquentable – alors combien pour faire de l'objectif une zone praticable ? L'idée a été abandonnée avec le même dédain que s'il avait fallu repousser la colonisation de Saturne à plus tard. Qui peut ignorer le danger que représente Saint-Patrick, et par extension tout Midtown ? Céphas Vlajac est fou. Ou il leur veut du mal et, d'une façon étrange, ça glace le sang de Nell. La perspective qu'on la persécute de mort lui paraît toujours affreuse parce qu'incompréhensible. Elle n'est ni naïve ni stupide. Le monde, en revanche, a perdu sa raison quand elle s'efforce de rattraper la sienne. Pourquoi ? Après tout, oui, pourquoi voudrait-il les pousser dans la gueule béante de Saint-Patrick alors que, certainement, il n'a rien à tirer de leur mort ? S'il voulait les dépouiller, il s'y prendrait d'une manière qui ne l'emporterait pas lui avec eux. Il ne reste définitivement que l'aliénation pure et simple du bonhomme et, au contraire de ce qu'il pense, ça n'a que des raisons de lui – leur – faire peur. Elle pourrait même répondre qu'un enfant de quatre ans armé d'un lance-pierres lui ferait peur... Elle se retient. Parler serait pleurer.

Eason ne se donne même pas la peine d'occulter son scepticisme. Abattre froidement un vieillard n'est pas non plus une option. Le chasser est tentant, mais le risque qu'il pèse dans leur sillage les forcerait à avoir constamment le regard par-dessus l'épaule. Quelque chose chez l'inconnu ne tourne pas rond, ça ne fait aucun doute : la mesure qu'il faut prendre en contrepartie est plus tortueuse. « Tu vas reculer, il tranche sans consulter Smith des prunelles. Tu vas te mettre à genoux et mettre les mains derrière la tête. Si tu tentes quoi que ce soit, t'es mort. » Un pas après l'autre, il se déplace vers sa collègue. Il ne demande que quelques mots, d'établir un plan qui consisterait à préserver leurs deux objectifs : servir la protection des citoyens sous quarantaine et maintenir Nell Matheson en vie. Ce dernier aspect est toujours si pénible à accomplir... « Dites-moi ce que vous nous voulez. » On s'habitue si vite à ce qu'elle se taise qu'Eason cligne des yeux. Il double découvrant le Sig-Sauer qu'elle braque sur l'étranger. « Et dites-le-moi maintenant. »
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J'irai cracher sur vos tombes
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