AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  



  
 I fired two warning shots... into her head
Nell Matheson
Agent de la Division
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
DATE D'INSCRIPTION : 20/06/2016
MESSAGES : 28
CRÉDITS : 861
PSEUDO : balladur (dante).
AVATAR : rosamund pike.
COPYRIGHTS : babine.
 Sujet : I fired two warning shots... into her head   Jeu 30 Juin - 3:34
[I fired two warning shots... into her head] avec Jane Smith.

« Madame ? » Ça fait maintenant cinq bonnes minutes qu'elle fixe le flingue qui lui remplit la paume et lui casse le poignet. Le plus ironique, c'est qu'on l'a laissée choisir. Que sait-elle des armes, exactement ? A partir de physique théorique, elle a des notions de balistique. Avec des connaissances plus poussées de l'anatomie humaine, elle se figure assez précisément l'effet recherché sur un corps qu'on perfore au métal. Longuement, Nell scrute la crosse coincée entre le thénar et l'hypothénar ; ça semble si naturel, étudié pour la main humaine. Elle a fini par se dire que ce n'était rien de plus qu'une robe pour un cocktail ou une paire de chaussures pour un week-end à Atlantic City : elle a opté pour l'arme la plus ordinaire qu'on lui a présentée et il se trouve qu'elle convient. Maniable. Fiable. Elle n'a pas retenu le nom sophistiqué assorti de chiffres que porte le pistolet. Mais il est, lui a-t-on dit, en simple action : Nell n'est pas sûre mais elle croit avoir compris qu'il faut impérativement l'armer avant de presser la détente. En tous les cas, on était confiant en lui glissant l'arme dans la main – encourageant, même – alors que tout ce qu'elle est capable de se répéter, c'est que Maura n'aimerait pas ça. Elle trouverait l'idée ridicule, au moins autant que son épouse : elle serait bien incapable de tuer quelqu'un, ou quelque chose. La rare utilité pratique qu'on puisse trouver à cet exercice, c'est l'augmentation drastique de sa faculté à entrer le canon dans sa bouche et à se faire exploser le crâne. « Madame ? » Elle secoue la tête. Ça fait sept bonnes minutes, à présent. « Je crois que vous devriez aller au stand de tir. » « Je suis en retard de combien ? » Il scrute sa montre, et : « Dix minutes. » « Bien. C'est assez pour l'énerver... » Le type lui décoche un sourire amusé et c'est le cœur gonflé de sarcasme que Nell quitte l'armurerie, le pistolet contre la cuisse.

« Agent Smith. » En entrant dans son champ de vision, Nell prend un air dégagé, arborant l'innocence la plus fausse qui soit. Elle ne s'intéresse pas à l'heure qu'il est et se plait à le faire savoir. Elle n'aime pas être là. Elle ne veut pas être là. Et, surtout, elle aimerait que ce soit quelqu'un d'autre. N'importe qui d'autre conviendrait parfaitement. C'est peine perdue, cependant, de tenter l'esquive. Si Nell le sait, c'est qu'elle a essayé. Aucun de ses arguments n'a eu raison de la logique pratique : sur le terrain, en mission, Smith l'encadre et ses consignes seront d'autant mieux observées que les automatismes seront ancrés. Il a fallu se ranger à cette opinion militaire – et rationnelle, bien sûr. Du reste, expliquer les raisons de sa défiance aurait comporté des dérangements... Tout ce qui est en son pouvoir tient donc à montrer son très grand déplaisir. Est-ce que cela fera quelque chose à l'agent Smith ? Il est très probable que non. « On ne se quitte plus, dit le sourire en coin de l'immunologiste. » Sans qu'on puisse départager si la plaisanterie ou l'ironie emporte le ton, Nell présente machinalement l'arme qu'on lui a prêtée. « Je propose de faire ça vite... Ce n'est pas la première fois que je tiens un de ces... machins, et j'ai vraiment envie de déjeuner au premier service, aujourd'hui. » Ah ! L'ironie l'emporte.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
avatar
 Sujet : Re: I fired two warning shots... into her head   Jeu 30 Juin - 15:07
Le visage tourné vers le plafond, Smith se serre le cou d’une main, laissant l’autre pendre molle à son côté. Ses yeux fixent une araignée. Elle est là-haut, sur sa toile. Elle ne bouge pas. Elle fait sa vie tandis qu’au-dessous des agents s’entraînent. Des coups de feu résonnent d’un rythme régulier et bien qu’elle ne vérifie pas, Smith ne doute pas qu’aucune des balles tirées n’ont manquées leurs cibles. Pourquoi ? Parce que les personnes s’entraînant aujourd’hui se retrouvent dans cette salle de tir plusieurs fois par semaine. Parce que ce sont des agents, tout simplement. Elle ne vérifie pas car l’envie lui prendrait de regarder sa montre. Or, elle n’a pas besoin de regarder sa montre pour savoir que Nell Matheson prend tout son temps et lui fait perdre le sien. Son humeur doit pouvoir se ressentir puisque personne ne s’approche d’elle. On la contourne largement comme on reste éloigné des barreaux de la cage aux fauves. Ces bêtes-là pourraient vous mordre. Combien de temps faut-il pour choisir une arme ? Ce n’est pas comme si elle peut faire la différence entre ce qui lui est proposé. « Elle arrive, agent Smith, » lui annonce quelqu’un en passant devant elle sans s’arrêter, préférant sans doute continuer sa route plutôt que de croiser son regard. Lentement, elle se redresse, ses yeux se portant inévitablement sur son poignet. Dix minutes. Dix minutes alors que l’armurerie est la salle d’à côté et que Smith a fait l’effort d’y aller en avance pour choisir elle-même les quatre pistolets à lui présenter. Si seulement cette femme passait la moitié du temps qu’elle prend pour agacer son garde du corps à s’entrainer… Sortie de sa contemplation, Smith s'approche du stand de tir. Lorsque la princesse décide finalement de se montrer, elle bat des paupières avec l’impertinence d’une adolescence fière de sa micro-rébellion. Regardez, regardez comme je ne veux pas être là. Son innocence est si caricaturée qu’elle prend la forme d’une insulte à peine déguisée. Et ce sourire en coin… « Agent Smith, on ne se quitte plus, » lance-t-elle en guise de préambule, le Sig-Sauer entre ses mains présenté aux yeux de l’agent comme un trophée. Smith tique tandis que son interlocutrice rit presque de son propre sens de l’humour. Malgré la provocation manifeste, Smith ne s’impatiente pas.

Oh ? Princesse Nell veut sortir assez tôt pour pouvoir manger au premier service ? Vraiment ? Un sourire lent et narquois s’étire sur son visage. « Arriver en retard et partir en avance. » Ses sourcils s’arquent avec un évident sarcasme. « Bien sûr, Matheson. » Dans tes rêves, Matheson. Smith trouve, finalement, qu’elle a tout son temps. Eason lui prendra quelque chose à manger si elle arrive en retard et il semblerait que Nell Matheson ne puisse pas en dire autant. Quel dommage. Sans transition, et peut-être pour essayer prendre de court l’immunologiste, la séance débute. D’une main, elle attrape l’avant-bras puis l’arme de sa récalcitrante élève, la confisquant avec une efficacité qui semble la surprendre. Elle n’a aucun réflexe défensif, c’est terrifiant. « Commençons par des règles basiques de sécurité. Non pas que je ne vous fasse pas confiance, loin de là. Mais, à tout hasard, mieux vaut prévenir que guérir. » Bien sûr, Smith sait que Nell Matheson n’a pas besoin d’un apprentissage théorique. D’ailleurs, tous les scientifiques semblent à priori savoir comment fonctionne une arme. Elle s’évertue pourtant à faire durer l’introduction, encore et encore et encore, malgré les roulements des yeux et les tentatives pour passer à quelque chose de plus concret de Nell. Puis, lui rendant enfin son pistolet, elle lui faire des séries élémentaires. Charger l'arme, contrôle de la charge, retrait des cartouches. Et on recommence. Encore ! Le ton sec, tranchant.
Peut-être Matheson tient-elle quelque chose, il y a effectivement un je-ne-sais-quoi de très satisfaisant dans la frustration d’autrui. Après dix minutes de parlotte et des manipulations basiques répétées une vingtaine de fois, elle regarde sa montre délibérément. « Le premier service, hein ? Cela risque d'être difficile. »


Dernière édition par Jane Smith le Sam 2 Juil - 14:31, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Nell Matheson
Agent de la Division
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
DATE D'INSCRIPTION : 20/06/2016
MESSAGES : 28
CRÉDITS : 861
PSEUDO : balladur (dante).
AVATAR : rosamund pike.
COPYRIGHTS : babine.
 Sujet : Re: I fired two warning shots... into her head   Ven 1 Juil - 8:33
L'agacement de Smith est inchiffrable. Toujours égale et l'émotion rentrée, l'agent de la Division ne procure aucune réaction qui soit digne d'être étudiée – ou, de l'avis de Nell, qui soit digne d'un être humain en général. Aussi impavide que ses collègues, elle glace la sympathie naturelle de l'immunologiste pour ceux de son espèce. Ils sont froids. Ils sont brutaux. Et efficaces. Parfois, elle voudrait frapper, au hasard, le poing fermé, et voir que ça sonne comme la tôle dans une carcasse d'acier. Elle est pratiquement sûre que Smith est une machine... Une enveloppe synthétique agitée par les ordres d'une intelligence méthodique, calculatrice et inhumaine : immobile, la patience même, on ne dirait pas qu'elle attendait alors que Nell n'avait ni le droit ni le loisir de gaspiller son temps. Heureusement, comme pour trahir la présence résiduelle d'une âme, Smith connait l'ironie, elle aussi.

« Bien sûr, Matheson.
- Ne m'appelez pas comme ça... »

Ça siffle comme un trait âpre dans l'air intact. La bonne humeur et le sarcasme désertent un temps. Nell rive un regard blessé à celui de l'autre, comme si ce n'était pas du jeu, comme si ça ne faisait pas partie des choses autorisées, malgré l'adversité, la défiance et leur tentative de s'apprivoiser. « C'est Docteur Matheson... ou Nell, dit-elle après une hésitation. Mais je ne suis pas votre... copain de caserne, agent Smith. » Une grimace lui déforme la bouche. Oh, bien sûr, son vernis s'étiole plus rapidement que celui de son instructeur. Elle est lasse de faire semblant ; elle l'a désappris en apprenant comment mourir. Elle connait la peur, la fragilité de son espérance de vie  et la précarité de son statut au sein de la Divison. Elle n'a pas besoin de paraître forte, puisqu'ils sont déjà si conscients de sa vulnérabilité et qu'ils s'esquintent à la lui rappeler en permanence. Tout ce qu'elle exige en retour, c'est de n'être pas... Matheson. Pour Smith – et pour Eason, du moins. Nell se moque des autres. Elle ne les connait pas. Ne les voit pas tous les jours. Smith peut se moquer d'elle, la narguer, lui faire payer ses insolences et l'épuiser. Très bien, ce sont les règles et c'est son rôle. Mais elle veut être quelqu'un. Après six mois de coexistence, elle mérite d'être quelqu'un. Elle serine en silence – pour elle-même, c'est certain, attrapant que ça n'a pas d'importance, que ses sentiments ne comptent pas et qu'il faut, encore, toujours, jusqu'à crever, s'entraîner à survivre. « On ne va pas se mentir, vous ne me faites pas confiance, acquiesce l'immunologiste d'un sourire tiède qui éclate au coin de la bouche. » En dépits de tout, Nell se détend. Ça ne lui fait toujours aucun plaisir de ressasser la théorie, la sécurité, la nécessité de savoir tuer. Mais elle obéit, comme de trouver soudain plus commode de se faire commander. Elle n'avait, de toute façon, aucune illusion à ce sujet : un déjeuner de substitution l'attend, qu'importe l'heure à laquelle elles en termineront. Mais le bonheur de provoquer de Smith et de la laisser croire qu'elle gagne en la retenant vaut bien de l'endurer.

Le temps s'étire. Nell s'impatiente. Aucune de ses tentatives ne parvient à convaincre l'agent Smith qu'elle peut accéder à l'étape supérieure. Elle y prend un plaisir manifeste et, d'une certaine façon, c'est, pour la microbiologiste, aussi frustrant que c'est agréable à constater. S'il faut se laisser torturer pour voir poindre un éclair d'humanité... C'est donc sans enthousiasme particulier mais avec une manifeste diligence que Nell accomplit tous les gestes exigés. Elle se concentre. Ça n'est pas difficile. Tous ces mouvements sont, comme ils ont été annoncés, cruellement basiques. Il suffit de le voir faire pour l'accomplir soi-même. A ce jeu-là, elle est certaine de lui donner satisfaction. Ça persuade peut-être l'agent que c'est assez jouer de ses nerfs. « Ne vous cherchez pas des excuses pour passer du temps avec moi, elle raille doucement en montrant la montre du canon de son arme. Je suis obligée par le lieutenant. » Les chances d'être dispensée d'un tel entraînement à l'avenir n'ont, du reste, que tendances à se rapprocher de zéro... Nell ne peut pas les blâmer ; elle ne se confierait jamais une arme, et encore moins la responsabilité de sa survie. « Maintenant qu'on est sûres que je ne vais pas me tuer accidentellement... Vous me montrez quelque chose d'utile ? » Du poignet, elle tente une pirouette censée tourner le pistolet vers Smith... Et, quand il rencontre lourdement le sol, on apprécie l'intelligence d'avoir placé des crans de sûreté sur l'essentiel de l'arsenal américain.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité
avatar
 Sujet : Re: I fired two warning shots... into her head   Sam 2 Juil - 16:12
Maintenant qu’on est sûre que je ne vais pas me tuer accidentellement… La consternation n’a pas sa place dans une formation au tir, pourtant… Smith fixe l’arme à ses pieds pendant quelques secondes avant de relever lentement la tête vers Math- …Nell. « Doc, je vous propose un deal. Pas de mouvement brusque ou de tentative d’imiter Lucky Luke avec votre flingue – jamais – et je ne vous appellerais pas par votre nom de famille, OK ? » finit-elle par lâcher en la ramassant ; cette histoire de nom ayant l’air de lui tenir à cœur. La situation serait comique si cette maladresse ne mettait pas en relief l’inexpérience de l’immunologiste. Elle a beau avoir exécuté les exercices répétés avec brio, la réalité de ce qu’elle tient dans les mains ne semble pas avoir pénétré toutes les couches de son cerveau. Et lui intimer qu’il ne s’agit pas d’un jouet ne serait que l’insulter. Il est effectivement temps d’arrêter les sarcasmes et de passer à la pratique. Rien de mieux pour se rendre compte de la dangerosité d’une arme que de l’utiliser. L’air nonchalant, ne s’attardant pas plus qu’elle ne l’a déjà fait, elle annonce : « On enchaîne. » Smith n’a pas l’habitude de faire preuve d’empathie envers ses clients mais Nell n’en est pas vraiment une et il est impératif qu’elle devienne à l’aise avec son arme. Manhattan est devenue un cimetière et bien qu’Eason et Smith ne compte pas laisser à l’immunologiste l’occasion de se servir de son pistolet, il est impossible de promettre qu’elle n’en aura jamais besoin. Sa survie dépend autant d’elle-même que de ses gardes du corps. Apprendre à quelqu’un comment se défendre, alors que – aux dires de tous – l’Apocalypse est déjà là, est un privilège. Parfois, le docteur Matheson n’a pas l’air de bien s’en rendre compte ou, en tout cas, pas assez au goût des deux agents. Il faut cependant que Smith passe outre son irritation face à cette ingratitude manifeste. Ça ne lui ressemble pas. Ce n’est pas comme si c’était son problème. Tant qu’elle reste en vie…

Smith se tourne vers la ligne de tir, face à la cible actuellement située à 10m : c’est une figure noire en carton sur laquelle sont peints des cercles concentriques blancs. « Je vais faire une démonstration. Après, ce sera votre tour. » Elle enfile lunettes de protection et casque antibruit, puis charge le Sig-Sauer tandis que le vouvoiement se transforme en tutoiement. Les formalités l’agacent. « La position du corps est la chose la plus importante. Une fois que tu l’auras acquise, les progrès suivront. Pieds écartés à la largeur des hanches, le pied le plus faible en avant, le but est de répartir ton poids sur les deux pieds, afin de rester stable. Ensuite, ils ne bougent plus. La tête doit rester droite, ne la redescends pas dans les épaules. Tu prends ton arme à deux mains, comme ça. Et tu la fais monter à hauteur de tes yeux. Et tu tires. » La première fois que Smith a tenu une arme entre ses mains, elle avait vingt ans. C’est aujourd’hui une extension de son bras. Toute cette procédure n’est pour elle qu’automatisme. Elle n'a pas été formée à former d'autres personnes à tirer alors elle espère n'avoir rien oublié. Les détails peuvent être chers payés lorsqu'on est un débutant. Pieds écartés, le pistolet monte dans la direction de la cible, et son index appuie sur la détente. Bullseye.
Revenir en haut Aller en bas
Nell Matheson
Agent de la Division
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
DATE D'INSCRIPTION : 20/06/2016
MESSAGES : 28
CRÉDITS : 861
PSEUDO : balladur (dante).
AVATAR : rosamund pike.
COPYRIGHTS : babine.
 Sujet : Re: I fired two warning shots... into her head   Lun 4 Juil - 12:26
Après ça, on n'entend plus guère la voix de Nell Matheson. Tenue par un échec puéril, elle acquiesce consciencieusement à chaque mot sans plus rien commenter ou faire montre d'ironie. Sa médiocrité dans les arts de la guerre n'est pas, en soi, inédit ou vexant. Cependant, elle ne peut s'empêcher de ressasser le découragement manifeste de l'agent Smith. Il est possible qu'elle ne vaille pas le temps et l'énergie qu'on lui consacre. Il est certain qu'elle est un fardeau plutôt qu'un atout pour la Division. Combien de temps faudra-t-il aux autres pour le réaliser ? Et, ensuite, que se passera-t-il ? Elle a vu l'ailleurs et elle a vu les autres. Si elle a de la chance, elle échouera dans le sous-sol de Chelsea, au milieu de prêts-à-mourir recroquevillés dans le vieux métro. Il est plus probable qu'elle mourra quelque part dans Harlem. Sa vague consolation viendra de la rapidité de son exécution ; on bouclera son sort plus facilement que si elle était de papier contre une flamme. Le soulagement que ce serait pour Smith suffit à lui presser le cœur.

Le tir d'un autre agent, deux mètres plus loin, lui secoue la morgue et la fait sursauter. Elle ravale son frisson en priant pour que Smith ne l'ait pas vue faire. De toute façon, tant pis : les deux femmes approchent l'épaisse ligne blanche tracée sur le sol. Tirer est appréciablement concret. Nell préfère définitivement qu'on lui montre, car reproduire ne demande pas d'analyser, de réfléchir, de critiquer. Il suffit d'effectuer les mêmes gestes, à la seconde, au millimètre, en vidant son cerveau des questions. Quand il s'agit de s'entrer des automatismes dans la carcasse, Nell excelle – sans trainer sur les sales usages qu'elle a fait de ce talent. Elle s'équipe, elle écoute. Elle observe Smith avec une neutralité où perce un intérêt nouveau. Ses billes s'attardent sur les poignets. Les mains enroulées autour de la crosse. Les avant-bras, puis les épaules. Les clavicules saillent sous la peau. Et dès la gorge le buste est droit. L'attention soutenue de Nell persécute les détails en dégringolant de secteur de peau en secteur de tissu, inspectant l'écart des chevilles, la fermeté de la posture, la certitude absolue de réussir. L'arme n'a pas tout à fait grimpé à hauteur des yeux quand la balle perfore l'air, la cible et le cœur de Nell, tous en même temps. La sidération peine à s'estomper. Elle n'en témoigne pas un mot à Smith.

La première tentative est difficile. Le Sig-Sauer pèse un cadavre : le poids réel de l'arme conjuguée à l'intention de tuer. Est-ce qu'elle tirera un jour sur quelqu'un ? Ou sur quelque chose ? Cette idée la harcèle à chaque sortie et à chaque entraînement. Tant que ce n'est qu'un jeu, dans le bastion de la Division, cet exercice absurde l'aide à se détendre : il donne confiance à ses protecteurs. Et, néanmoins, personne ne se fait d'illusion sur la capacité réelle de Nell Matheson à abattre un ennemi, qu'il soit humain, infecté, putréfié, animal, déjà mort. La peur à fleur de conscience, elle se concentre sur le recul. Les bras tendus, les chevilles solides, tirer sans prendre le marteau dans les incisives supérieures serait un exploit en soi. Elle ne fait que répéter les gestes de Smith, ajuste la mire et retient sa respiration. La détonation lui agite les entrailles et les mains. Son cœur manque le battement, la balle sa cible. Sans aviser l'agent Smith du regard, elle se dispense de l'appréciation cavalière de son instructeur : elle arme encore le Sig-Sauer et recommence.

Il se passe une demi heure et six séquences. A la fin de la seconde, elle lèche le premier cercle extérieur. A la moitié de la quatrième, la moitié du chargeur se vide autour du centre. En dépits de ses efforts, Nell est forcée de soupirer. « On sait maintenant qu'il me faut six chargeurs et une heure trois-quarts pour tuer quelqu'un. » Un rictus ourle ses lèvres. « Contente ? (le ton est plat, tout à fait neutre.) On dirait que vous aviez raison à propos de moi. » Après avoir replacé le cran de sûreté, elle abandonne le pistolet dans les mains de l'agent de Smith.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé
 Sujet : Re: I fired two warning shots... into her head   
Revenir en haut Aller en bas
 
I fired two warning shots... into her head
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» head shaking, c''est quoi ça???????
» Question about ... EPS warning lamp
» Warning
» Warning
» Warning et clignotants sur XT

 :: LES ÉCRITURES SACRÉES
Sauter vers: